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PROTEGER LES DROITS CIVILS ET POLITIQUES AUJOURD’HUI

• Publié le 28 juin 2026

Dans de nombreux pays africains, prendre la parole en public, rejoindre une organisation citoyenne ou simplement manifester son désaccord avec les autorités est devenu un acte à risque. Des journalistes sont emprisonnés, des militants disparaissent, des organisations de la société civile voient leurs activités suspendues. Ce recul est le résultat d’une stratégie progressive de rétrécissement de l’espace civique, menée tantôt par la force, tantôt par la loi.

L’espace civique désigne l’ensemble des conditions juridiques, politiques et sociales  qui permettent aux citoyens de s’organiser, de s’exprimer et de participer à la vie publique sans crainte de représailles. C’est le terrain sur lequel s’exercent les droits civils et politiques fondamentaux dont la liberté d’expression, le droit de réunion, la liberté d’association, le droit à l’information, la participation aux affaires publiques. Lorsque cet espace se réduit, il se pose le problème de la place de l’humain et du peuple dans la gouvernance de nos États.

En Afrique, ce phénomène prend une ampleur préoccupante. Des rapports d’organisations comme CIVICUS, Amnesty International ou Human Rights Watch documentent, année après année, la dégradation des libertés civiques sur le continent. Pourtant, face à cette tendance, des citoyens, des journalistes, des activistes et des organisations de la société civile résistent, innovent et construisent des contre-pouvoirs. Comprendre ce qui est en jeu, identifier les mécanismes de cette régression et explorer les leviers de protection constituent aujourd’hui une nécessité  pour les acteurs du changement comme pour tous ceux qui croient en une Afrique démocratique et inclusive.

I. L’espace civique en Afrique : de quoi parle-t-on ?

Définition et contours de l’espace civique

L’espace civique peut se définir comme le cadre dans lequel les individus et les groupes exercent leurs droits fondamentaux pour influencer les décisions politiques, économiques et sociales qui affectent leur vie. Il englobe à la fois des dimensions formelles; les lois, les institutions, les procédures; et des dimensions informelles; les normes sociales, les pratiques culturelles, le niveau de tolérance des autorités envers la dissidence. Un espace civique ouvert garantit que chaque citoyen peut s’exprimer, se réunir, s’associer et participer aux affaires publiques sans subir de pression, d’intimidation ou de sanction.

L’organisation internationale CIVICUS, qui surveille l’état de l’espace civique dans le monde, classe cet espace selon cinq niveaux : ouvert, rétréci, obstrué, réprimé et fermé. Dans son Monitor de l’espace civique 2024, CIVICUS relève que « seulement 3,1 % de la population mondiale vit dans des pays où l’espace civique est classé ouvert », et que la majorité des pays africains se situent dans les catégories les plus préoccupantes. Ce constat illustre l’ampleur du défi auquel font face les sociétés civiles du continent.

Les droits civils et politiques qui le constituent

L’espace civique trouve son fondement juridique dans un ensemble de droits reconnus par les instruments internationaux et régionaux. Sur le plan international, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1966, constitue le texte de référence. Son article 19 dispose que « toute personne a droit à la liberté d’expression ; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce». Il garantit également la liberté de réunion pacifique, la liberté d’association et le droit de participer à la direction des affaires publiques.

Sur le plan continental, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, adoptée en 1981 par l’Organisation de l’Unité Africaine, consacre ces mêmes droits tout en y ajoutant une dimension collective propre aux réalités du continent. Son article 9 stipule que « toute personne a droit à l’information » et que « toute personne a le droit d’exprimer et de diffuser ses opinions dans le cadre des lois et règlements ». La charte africaine de la jeunesse, adoptée en 2006, va plus loin en reconnaissant explicitement le droit des jeunes à la participation civique et politique. Ces textes constituent des outils de plaidoyer essentiels pour les acteurs de la société civile africaine.

Son rôle dans la démocratie et la gouvernance

Un espace civique sain est une condition préalable à toute démocratie fonctionnelle. Sans liberté d’expression, les citoyens ne peuvent pas débattre des politiques publiques ni demander des comptes à leurs dirigeants. Sans liberté d’association, les syndicats, les partis politiques et les organisations de la société civile ne peuvent ni se constituer ni opérer librement. Sans droit à l’information, la corruption prospère dans l’opacité.

L’analyse selon laquelle un espace civique ouvert garantit une meilleure stabilité politique et une confiance accrue envers les institutions constitue la thèse fondamentale de l’étude du PNUD dans son rapport “soldats et citoyens”. Ainsi, les pays disposant d’un espace civique ouvert affichent des niveaux significativement plus élevés de confiance institutionnelle et de stabilité politique à long terme. L’espace civique joue aussi un rôle de régulation sociale : il permet aux tensions de s’exprimer par des voies pacifiques plutôt que de s’accumuler jusqu’à l’explosion. À l’inverse, son rétrécissement est souvent un signal précurseur de crises politiques plus profondes.

II. Un espace sous pression : état des lieux

Les formes de rétrécissement

Le rétrécissement de l’espace civique ne se produit pas toujours de manière brutale et visible. Il emprunte souvent des voies progressives, légales en apparence, mais dont l’effet cumulatif est dévastateur pour les libertés fondamentales.

La première forme est législative. De nombreux gouvernements africains ont adopté ces dernières années des lois qui, sous couvert de sécurité nationale, de lutte contre la désinformation ou de protection de l’ordre public, limitent de fait la liberté d’expression et le droit d’association. Dans de nombreux rapports et documents officiels, Amnesty International documente comment des lois sur la cybercriminalité aux contours délibérément larges sont utilisées à travers le continent pour poursuivre des journalistes, des blogueurs et des militants qui critiquent les autorités en ligne. Au Bénin, la loi n°2017-20 portant code du numérique a suscité des débats au sein de la société civile en raison de certaines dispositions susceptibles de restreindre la liberté d’expression sur internet.

La deuxième forme est administrative. Elle se manifeste par des procédures d’enregistrement des organisations de la société civile rendues délibérément complexes, des refus arbitraires d’autorisation de manifestation ou des suspensions d’activités prononcées sans base juridique solide. Il s’agit ici de détournement des régimes de déclaration préalable en autorisations préalables de facto, permettant d’interdire arbitrairement les rassemblements pacifiques sous couvert de « troubles à l’ordre public ». En effet,  les restrictions administratives constituent l’une des formes les plus insidieuses de rétrécissement de l’espace civique, précisément parce qu’elles opèrent dans un cadre légal apparent qui les rend difficiles à contester.

La troisième forme est numérique. Avec la montée en puissance d’internet comme espace d’expression et de mobilisation, les gouvernements ont développé de nouveaux outils de contrôle. L’organisation Access Now, dans son rapport keep tOn 2023, recense 35 coupures d’internet documentées sur le continent africain au cours de la seule année 2023, majoritairement déclenchées lors de périodes électorales ou de contestations sociales.  La surveillance numérique des militants et des journalistes, parfois à l’aide de logiciels espions sophistiqués, constitue une menace croissante pour la sécurité des acteurs civiques. Aujourd’hui, même les conversations informelles sur Whatsapp ou n’importe quel réseau peuvent être problématiques.

Quelques cas concrets sur le continent

La réalité de ce rétrécissement se lit à travers des situations documentées sur l’ensemble du continent. En Éthiopie, des journalistes ont été poursuivis en vertu de lois antiterroristes pour avoir couvert des mouvements de protestation. Human Rights Watch relève dans son Rapport mondial 2024 que le gouvernement éthiopien a utilisé des accusations de terrorisme comme outil systématique pour réduire au silence les voix critiques dans les médias et la société civile. Au Cameroun, des activistes anglophones ont été détenus pendant de longues périodes sans jugement. En Tanzanie, des médias indépendants ont été suspendus à la veille d’échéances électorales. Au Sénégal, les années 2023 et 2024 ont été marquées par des arrestations de figures de l’opposition et de la société civile dans un contexte de tensions politiques intenses. Même situation au Bénin où même des journalistes analystes politiques ont dû se réorienter.

Ces situations ne sont pas des accidents isolés. Elles s’inscrivent dans une tendance continentale que les organisations de défense des droits humains qualifient de recul démocratique structurel. Paraphrasant Freedom House dans son rapport Freedom in the World, plus de la moitié des pays d’Afrique subsaharienne ont enregistré une dégradation de leurs scores en matière de libertés politiques et civiles au cours de la dernière décennie.

Les acteurs les plus exposés

Certains profils sont particulièrement visés dans ce contexte de rétrécissement. Les journalistes et les blogueurs, en première ligne de la diffusion de l’information, sont fréquemment la cible de poursuites judiciaires, de harcèlement en ligne ou de violences physiques. Reporters sans frontières indique dans son Classement mondial de la liberté de la presse 2024 que « l’Afrique subsaharienne reste l’une des régions les plus dangereuses pour l’exercice du journalisme, avec une aggravation notable des conditions de travail des journalistes indépendants« . Aussi, les défenseurs des droits humains, qui documentent les abus et accompagnent les victimes, font face à des intimidations, des surveillances et des arrestations arbitraires. Les leaders syndicaux et les militants politiques de l’opposition subissent des pressions croissantes pour réduire leur influence.

Les femmes engagées dans l’espace public font face à une double exposition : celle que partagent tous les acteurs civiques, et celle liée aux violences de genre. À propos, ONU Femmes souligne que  les femmes qui s’engagent dans l’espace public numérique sont exposées à des formes de harcèlement spécifiquement conçues pour les décourager de toute prise de parole. Les jeunes activistes, de plus en plus nombreux à utiliser les réseaux sociaux comme outil de mobilisation, sont également dans le viseur des autorités qui voient dans leur dynamisme une menace à l’ordre établi. Contraints, ils évitent d’opiner ou, à défaut, s’expriment à travers des codes que seuls les initiés comprennent, ce qui réduit la portée de leurs messages.

III. Protéger l’espace civique : ce que cela implique concrètement

Sur le plan juridique et institutionnel

Protéger l’espace civique commence par une connaissance solide des textes qui le garantissent. Les droits civils et politiques ne sont pas des abstractions. Ils sont inscrits dans des instruments juridiques contraignants que les États ont ratifiés et auxquels ils peuvent être tenus de rendre des comptes. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, la Charte africaine de la jeunesse constituent autant de leviers que les citoyens, les organisations et les avocats peuvent mobiliser devant les juridictions nationales, régionales et internationales.

Le plaidoyer juridique est l’un des outils les plus efficaces dans cette lutte. Il consiste à utiliser le droit comme arme de défense et de transformation. La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples rappelle dans ses Lignes directrices sur la liberté d’association et de réunion en Afrique (2017) que  les États ont l’obligation positive non seulement de s’abstenir d’interférer avec les droits d’association et de réunion, mais aussi de créer un environnement favorable à leur exercice effectif.  Des mécanismes de recours comme la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples ou les rapporteurs spéciaux des Nations Unies offrent aux victimes de violations des voies concrètes pour obtenir réparation et justice.

Sur le plan institutionnel, la protection de l’espace civique passe également par la veille citoyenne. Documenter les violations, constituer des archives de preuves, signaler les abus aux instances compétentes sont des actes concrets qui alimentent le plaidoyer et rendent les violations visibles à l’échelle internationale. Le Guide pratique de documentation des violations des droits humains publié par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme souligne que « la documentation rigoureuse des violations constitue le fondement de tout plaidoyer efficace et de toute procédure judiciaire crédible». Cette veille, pour être efficace, doit être organisée, méthodique et portée par des réseaux structurés capables de relayer l’information rapidement.

Sur le plan numérique

Le numérique est devenu à la fois un espace de liberté et un terrain de surveillance. Le protéger exige des compétences techniques et une culture de la sécurité numérique que trop peu d’acteurs civiques possèdent encore. Utiliser des outils de communication chiffrée, sécuriser ses comptes et ses appareils, savoir reconnaître les tentatives de phishing ou d’espionnage : ces pratiques sont désormais des compétences civiques de base pour tout militant, journaliste ou défenseur des droits humains.  Le Digital Security Lab de l’organisation Access Now propose à ce titre des ressources et un accompagnement gratuits aux défenseurs des droits numériques à travers le monde .

Par ailleurs, la lutte contre la désinformation constitue un enjeu central. Les fausses informations sont aujourd’hui utilisées comme outil de déstabilisation des acteurs civiques car elles servent à discréditer des militants, à manipuler l’opinion publique et à justifier des mesures répressives. Il n’est pas rare de constater que la vie privée de plusieurs militants est fouillée et utilisée contre eux sur les réseaux sociaux dans des contextes où ils essaient de dénoncer des actes ignobles. Former les citoyens au fact-checking, à la vérification des sources et à la lecture critique des médias est une forme de résistance concrète face à cette menace. Cela contribuerait largement à amplifier la voix des militants et à atteindre des cibles plus larges.

La question des coupures d’internet mérite également une attention particulière. Ces interruptions délibérées du service constituent une violation directe du droit à l’information et de la liberté d’expression. Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a adopté en 2016 la résolution A/HRC/32/L.20 affirmant que « les mêmes droits dont les personnes jouissent hors ligne doivent également être protégés en ligne » et condamnant explicitement « les mesures visant à empêcher ou perturber délibérément l’accès à internet». Et c’est ici qu’il faut inviter les dirigeants à rendre davantage plus accessible internet car il reste un outil pilier dans le quotidien des jeunes.

Sur le plan de la mobilisation citoyenne et de la solidarité panafricaine

Aucune organisation, aussi compétente soit-elle, ne peut protéger seule l’espace civique. La protection de cet espace est un effort collectif qui exige des alliances solides, à l’échelle nationale comme à l’échelle continentale. Les réseaux ou les coalitions d’organisations jouent ici un rôle déterminant en ce sens qu’ils permettent de mutualiser les ressources, de partager les expériences, d’amplifier les voix isolées et de construire une pression collective sur les gouvernements qui répriment leurs citoyens.

La solidarité entre acteurs civiques africains prend des formes concrètes : soutien aux défenseurs des droits en danger, campagnes de sensibilisation transfrontalières, échanges de bonnes pratiques entre organisations, plaidoyer commun auprès des instances régionales comme l’Union africaine. Ces leviers  juridiques, numériques et collectifs ne produisent leur plein effet que lorsqu’ils sont portés par des acteurs formés, organisés et déterminés. En Afrique, la jeunesse et la société civile incarnent aujourd’hui cette force de transformation, et leur rôle dans la défense de l’espace civique mérite une attention particulière.

IV. Le rôle de la jeunesse et de la société civile

Les jeunes comme acteurs de la résistance civique

Loin d’être un public cible des politiques publiques, la jeunesse africaine en est devenue un acteur déterminant. Sur l’ensemble du continent, des jeunes prennent l’initiative de documenter les abus, d’organiser des campagnes de sensibilisation et de porter des revendications démocratiques dans des espaces où la parole est de plus en plus contrainte. C’est le lieu de saluer le travail de  Amnesty International Bénin qui forme chaque année une cinquantaine de jeunes à la rédaction de recours et au plaidoyer. Ce basculement générationnel est significatif. Selon le rapport State of Civil Society 2023 publié par CIVICUS, les mouvements citoyens portés par des jeunes ont été parmi les plus actifs et les plus innovants dans la défense des libertés civiques en Afrique subsaharienne ces dernières années.

Cette mobilisation emprunte largement les voies numériques. Les réseaux sociaux sont devenus des espaces de résistance, de coordination et de visibilité pour des générations qui ont grandi avec internet. La technologie numérique a offert aux jeunes Africains des outils pour contourner les schémas traditionnels de l’information et construire leurs propres récits selon leurs expériences et leurs analyses. Cette capacité à produire et diffuser de l’information de manière autonome constitue en elle-même une forme de protection de l’espace civique qu’il reste à démocratiser.

Initiatives africaines inspirantes

Plusieurs expériences sur le continent méritent d’être citées comme modèles de résistance civique portée par la société civile et la jeunesse. Au Kenya, le mouvement #RejectFinanceBill, qui a mobilisé des centaines de milliers de jeunes en juin 2024 contre un projet de loi de finances jugé injuste, a démontré la capacité des citoyens à peser sur les décisions législatives par une mobilisation pacifique et organisée. Ce mouvement, largement coordonné via les réseaux sociaux, a conduit le président William Ruto à retirer le projet de loi, une victoire civique rare et significative qui continue d’inspirer.

Au Sénégal, le collectif Aar Sunu Election a joué un rôle déterminant dans la surveillance du processus électoral de 2024, en mobilisant des observateurs citoyens et en documentant les irrégularités en temps réel. Le Bénin, pour les élections présidentielles de 2026 a aussi été marqué par la présence active et très affirmée de la Plateforme Electorale des OSC du Bénin. Ces initiatives illustrent ce que la société civile peut accomplir lorsqu’elle est organisée, formée et connectée à des réseaux de solidarité.

Sur le plan panafricain, des réseaux comme AfricTivistes construisent des ponts entre les acteurs civiques de différents pays (l’exemple des citizenlabs), permettant le partage d’expériences, la mutualisation des compétences et la construction d’une solidarité continentale face aux restrictions. La formation et l’espace qu’offrent ces différentes initiatives  ne suffisent cependant pas s’ils ne sont pas accompagnés d’une culture de la résistance civique, c’est-à-dire d’une conscience collective de ce qui est en jeu et d’une volonté partagée de défendre les acquis démocratiques contre vents et marées.

CONCLUSION

In fine, protéger les droits civils et politiques en Afrique aujourd’hui n’est pas une option réservée aux juristes, aux militants chevronnés ou aux organisations internationales. C’est une responsabilité partagée qui engage chaque citoyen, chaque journaliste, chaque jeune connecté à un réseau social, chaque organisation qui croit en la valeur de la démocratie. L’espace civique ne se protège pas une fois pour toutes mais au quotidien par des actes concrets, des alliances solides et une vigilance sans relâche.

La protection de l’espace civique repose sur trois piliers indissociables. Le premier est la connaissance. Connaître ses droits, connaître les textes qui les garantissent, connaître les mécanismes de recours disponibles. Le deuxième est la capacité. Savoir utiliser les outils juridiques, numériques et médiatiques pour défendre ces droits et documenter leurs violations. Le troisième est la solidarité. Construire des alliances à l’échelle locale, nationale et continentale pour amplifier les voix isolées et exercer une pression collective sur les gouvernements qui répriment leurs citoyens.

Dans ce cadre, l’éducation civique occupe une place centrale. Comme le rappelle le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme dans ses Principes directeurs sur les défenseurs des droits de l’homme : Un défenseur informé est un défenseur plus efficace et mieux protégé. Former les jeunes, outiller les acteurs de la société civile, financer les initiatives d’éducation civique, produire et diffuser une information de qualité : ce sont là des actes politiques au sens le plus noble du terme.

Protéger l’espace civique, c’est en définitive protéger la possibilité même d’un avenir collectif choisi et non subi. C’est le pari que font, chaque jour, des milliers de citoyens africains engagés. Un pari que ni les lois restrictives, ni la surveillance numérique, ni les arrestations arbitraires ne devraient pouvoir faire perdre.

Par Chimène FASSINOU-GANGO