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L’innovation citoyenne : le nouveau souffle de la gouvernance publique au Bénin

L’innovation citoyenne n’est pas seulement une question de technologie, c’est une nouvelle façon de vivre la démocratie. Dans cet entretien, Maurice Thantan nous explique comment la co-construction entre citoyens et administrations peut transformer radicalement la gouvernance publique au Bénin. Entre espoir et pragmatisme, il livre les clés pour passer de la simple initiative à un impact réel et durable.
On a souvent tendance à confondre l’initiative citoyenne et l’innovation citoyenne. Pour Maurice Thantan, journaliste et expert en médias numériques, la distinction est pourtant fondamentale. Si une initiative citoyenne peut être une action ponctuelle (comme une campagne de salubrité ou une aide d’urgence lors d’une crise), l’innovation citoyenne, elle, vise un changement radical et durable dans la manière de résoudre un problème collectif.
L’innovation ne réside pas forcément dans l’invention d’un nouvel outil technologique. Elle peut se trouver dans la forme, dans la méthode, ou dans la réinvention de la participation des citoyens à la vie publique. Ce qui définit réellement l’innovation, c’est son impact : sa capacité à durer dans le temps, à être reproduite à plus grande échelle et à transformer en profondeur la relation entre les administrés et l’administration.
Pour améliorer la gouvernance et restaurer la confiance entre les institutions et les populations, Maurice Thantan propose une solution qui peut sembler banale mais qui reste le cœur du défi : la co-construction.
Il s’agit de passer d’une logique traditionnelle « descendante » (où l’administration décide seule pour des bénéficiaires passifs) à une approche horizontale et ouverte. Dans ce modèle, le citoyen n’est plus un simple spectateur, mais un partenaire actif à chaque étape du processus :
- Identification des problèmes prioritaires via des consultations publiques.
- Conception des solutions adaptées grâce à une connaissance fine du terrain.
- Suivi et évaluation des politiques publiques pour garantir leur efficacité.
Lorsque le citoyen voit que son problème a été pris en compte et qu’il participe à l’évaluation des résultats, la relation de confiance change radicalement de nature.
L’innovation citoyenne n’est pas un concept abstrait ; elle produit déjà des résultats concrets au Bénin. Maurice Thantan cite plusieurs exemples marquants :
- L’éducation aux médias et le fact-checking : Transformer des citoyens ordinaires en acteurs capables d’identifier et de combattre la désinformation, protégeant ainsi le débat démocratique.
- Le Présimètre : Une plateforme qui a permis de suivre les promesses de campagne présidentielle de 2016, créant une « pression positive » sur les dirigeants pour qu’ils restent au service de l’intérêt général.
- Vote229 : Une initiative numérique qui a permis de cartographier les centres de vote et de signaler les incidents en temps réel lors des élections de 2016, renforçant l’intégrité et la transparence du processus électoral.
Ces expériences montrent qu’une bonne innovation part toujours d’un problème réel et concret qui touche les citoyens au quotidien.
À l’heure où le numérique s’invite dans tous les secteurs, Maurice Thantan apporte une nuance importante : la technologie n’est qu’un outil. Elle offre des opportunités formidables (rapidité de participation, consultations à grande échelle, mobilisation de la jeunesse) mais elle ne remplace pas l’engagement sur le terrain.
Le numérique comporte aussi ses propres limites : la fracture numérique, des chambres d’écho renforçant les positions radicales, ou encore la désinformation. C’est pourquoi l’approche doit toujours être hybride. Une application mobile ne transforme pas une politique publique par elle-même ; ce sont les usagers, les communautés et surtout le dialogue avec les institutions qui créent l’impact.
Malgré les avancées, notamment avec l’adhésion du Bénin au Partenariat pour le Gouvernement Ouvert (OGP), des freins subsistent :
- La culture institutionnelle : Certaines administrations voient encore la participation citoyenne comme une contrainte plutôt que comme une ressource.
- Le passage à l’échelle : De nombreux projets civiques restent à un niveau micro et peinent à devenir des mécanismes structurés et durables.
- Le manque de compétences : Il est nécessaire de renforcer les capacités, tant du côté de l’administration que de la société civile, en matière de données, de numérique et de compréhension des politiques publiques.
Pour conclure, Maurice Thantan adresse un message fort à la jeunesse béninoise. Il rappelle que si l’on peut ne pas être un acteur politique, on est forcément un acteur public. Chaque décision prise par l’État affecte notre quotidien, notre travail et notre avenir. Son conseil aux jeunes innovateurs :
- Observer et comprendre les problèmes réels autour de soi avant de proposer une solution.
- Tester à petite échelle dans son quartier ou sa commune.
- Dialoguer avec les institutions dans une démarche de co-construction et non d’adversité.
La véritable transformation de la gouvernance ne se produit pas lorsque les citoyens disposent simplement de nouveaux outils, mais lorsqu’ils décident de s’en servir pour devenir les partenaires actifs du changement qu’ils souhaitent voir.
Par Eugène DEGUENON
