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Quel avenir pour les Citizens labs après le projet Digitalise Youth

Les projets financés par des partenaires internationaux apportent souvent un souffle décisif aux initiatives de la société civile. L’initiative Digitalise Youth a permis de poser les jalons d’une véritable culture de démocratie numérique, d’équiper des espaces de travail et d’outiller des centaines de jeunes militants à travers le Bénin. Mais voilà, chaque programme a une durée de vie limitée. La fin des financements de départ suscite régulièrement une interrogation légitime quant à la pérennité des structures créées. Pour Citizens labs, cette étape de transition ne doit pas marquer la fin de l’aventure, mais le point de départ vers un ancrage institutionnel et communautaire plus profond. L’enjeu fondamental consiste à transformer des laboratoires d’innovation temporaire en des institutions citoyennes autonomes et durables.

La pérennisation institutionnelle et l’ancrage juridique des laboratoires citoyens.

Pour survivre à la fin d’un financement dédié, un Citizen lab doit consolider sa structure légale et renforcer son intégration dans le tissu social territorial. La légitimité juridique forme le premier rempart contre l’instabilité organisationnelle.

La liberté d’association, garantie par l’article 25 de la Constitution béninoise et encadrée par le cadre légale relatif aux associations, offre la souplesse nécessaire pour faire évoluer les structures. Un Citizen lab ne peut reposer indéfiniment sur une seule subvention projet. Il lui faut diversifier ses ressources : prestations de services numériques aux collectivités, formations payantes en littératie digitale, partenariats avec le secteur privé ou micro-donation communautaire. En structurant légalement leur modèle économique, ces espaces d’innovations civiques préservent leur indépendance tout en garantissant les moyens financiers de leur fonctionnement quotidien.

La gouvernance locale constitue le terreau naturel d’action des laboratoires citoyens. Le Code de l’administration territoriale au Bénin encourage la concertation et la participation des habitants aux affaires de la commune. En signant des conventions de collaborations formelles avec les Mairies, les Citizens labs deviennent des interlocuteurs stratégiques pour la Co-construction des politiques locales. Ce cadre partenarial pérenne assure l’utilisation continue des plateformes de signalement et des espaces de Co-création rendant le laboratoire indispensable au fonctionnement démocratique de la commune.

La capitalisation des acquis et le transfert d’expertise aux communautés.

L’héritage d’un projet technologique ne réside pas uniquement dans le matériel où les lignes de code informatique développées. Il s’incarne dans les compétences transmises et l’appropriation des outils par les populations.

Pour que l’impact du projet Digitalise Youth s’inscrive dans le temps, les jeunes formés doivent à leur tour devenir des formateurs. La création de réseaux de jeunes ambassadeurs du numérique dans les quartiers et les zones rurales permet de décentraliser le savoir. Ces relais locaux organisent des sessions d’éducation aux médias, expliquent les démarches administratives en ligne et initient leur paires au contrôle citoyen. De cette manière, l’esprit du Citizen lab se diffuse largement dans la société, bien au-delà des murs physiques du laboratoire.

Les solutions technologiques conçues durant le projet doivent rester accessibles et fonctionnelles. Privilégier des architectures en code source ouvert (open source) et des serveurs gérés localement évitent les coûts de licence prohibitive après la clôture des budgets externes. La société civile et les communautés de développeurs locaux reprennent ainsi le flambeau pour assurer la maintenance technique et l’adaptation continue des outils aux besoins nouveaux des populations. La technologie demeure au service du bien commun, sans dépendance financière extérieure.

L’après-projet Digitalise Youth ne représente pas une menace pour les Citizens labs, mais l’occasion unique de prouver leur maturité organisationnelle. En diversifiant leurs ressources, en scellant des alliances durables avec les autorités locales et en transmettant l’expertise numérique aux communautés, ces espaces s’imposent comme des piliers inamovibles de la participation citoyenne. L’innovation démocratique au Bénin ne s’arrête pas à la fin d’un cycle de subvention ; elle continue de s’écrire au quotidien avec des citoyens avertis et engagés.

Par Miléna Kami AGBETOU

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