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Jeunesse et gouvernance en Afrique : pourquoi renforcer le dialogue intergénérationnel ?

Dans de nombreux débats sur la gouvernance africaine, la place des jeunes face aux générations plus âgées revient avec insistance. Au-delà de l’opposition entre générations, l’enjeu est désormais de construire un dialogue capable de mieux intégrer les jeunes dans les espaces où se pensent et se décident les politiques publiques.

La jeunesse occupe une place centrale dans les réflexions sur l’avenir du continent. Pourtant, être nombreux dans la population ne signifie pas automatiquement participer aux décisions qui déterminent l’avenir des sociétés. C’est cette tension qui nourrit le débat autour de la gérontocratie. Le terme renvoie ici à une organisation du pouvoir dans laquelle les générations plus âgées occupent une place prépondérante dans les espaces de décision. Mais réduire la question à une opposition entre jeunes et aînés risquerait de masquer un enjeu plus important : celui du renouvellement et du partage des responsabilités.

La question de la participation des jeunes n’est pas nouvelle dans les politiques africaines. La Charte africaine de la jeunesse, adoptée par l’Union africaine, reconnaît notamment le droit des jeunes à participer aux différents domaines de la société et appelle les États à faciliter leur participation aux processus de décision aux niveaux local, national, régional et continental. L’enjeu est donc moins de reconnaître le principe que de créer les conditions permettant aux jeunes d’exercer effectivement cette participation. En 2026, un dialogue organisé par le PNUD et la Commission de l’Union africaine sur la jeunesse et l’avenir de la gouvernance en Afrique a justement mis en avant la nécessité de dépasser la simple consultation. Les échanges ont porté sur les moyens de renforcer les mécanismes institutionnels permettant une participation significative des jeunes.

Le dialogue intergénérationnel comme espace de transmission

Le renouvellement de la gouvernance ne signifie pas que l’expérience des générations précédentes doit être écartée. L’enjeu est plutôt de créer des espaces où cette expérience peut être confrontée aux nouvelles aspirations et aux nouvelles réalités. L’Union africaine organise depuis plusieurs années des dialogues intergénérationnels réunissant jeunes, responsables publics et décideurs. Ces rencontres visent notamment à favoriser l’écoute, l’échange d’idées et la participation des jeunes aux processus de décision. Le dialogue intergénérationnel peut ainsi devenir un outil de transmission dans les deux sens : les générations plus expérimentées partagent leurs connaissances des institutions et des mécanismes de décision, tandis que les jeunes apportent d’autres pratiques, préoccupations et formes d’engagement.

Le véritable défi se situe toutefois dans la capacité des jeunes à peser sur les décisions. Être invité à une rencontre, participer à une consultation ou prendre la parole dans un débat ne garantit pas que les propositions formulées seront prises en compte. La participation devient réellement significative lorsqu’elle permet aux jeunes de contribuer à la conception, au suivi et à l’évaluation des politiques qui les concernent. Cette évolution suppose des mécanismes institutionnels durables : espaces de dialogue, dispositifs de consultation structurés, participation aux instances de décision et accès aux informations nécessaires pour comprendre et suivre l’action publique. L’Union africaine a d’ailleurs déjà identifié plusieurs pistes pour renforcer cette inclusion, notamment la réduction des obstacles à la participation, le développement de mécanismes d’apprentissage intergénérationnel et la création d’espaces permettant aux jeunes de contribuer aux processus de gouvernance.

Ne pas opposer les générations

Le débat sur la gérontocratie ne devrait donc pas se transformer en confrontation entre générations. Une gouvernance plus ouverte aux jeunes ne signifie pas nécessairement l’exclusion des générations plus âgées. Il s’agit plutôt de créer les conditions d’une transmission et d’un partage des responsabilités. L’expérience peut accompagner le renouvellement, tandis que les nouvelles générations peuvent contribuer à faire évoluer les pratiques institutionnelles. Pour les organisations citoyennes et les acteurs engagés dans l’éducation civique, l’enjeu est également de donner aux jeunes les connaissances et les outils nécessaires pour comprendre les institutions, porter des propositions et participer de manière constructive au débat public.

Le défi pour l’Afrique n’est donc pas simplement de donner davantage de visibilité à sa jeunesse. Il consiste à lui permettre de participer réellement aux décisions. Le dialogue intergénérationnel peut constituer l’un des moyens d’y parvenir, à condition qu’il dépasse les rencontres symboliques pour devenir un mécanisme durable d’écoute, de transmission et de participation. Rompre avec les logiques de pouvoir exclusivement fondées sur l’âge ne signifie pas opposer les générations. C’est créer les conditions pour qu’elles puissent contribuer ensemble à la construction des sociétés africaines de demain.

Par Kevin da SILVA

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