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Jeunesse et engagement : passer de la volonté à l’action

Les jeunes choisissent de s’engager pour changer leurs communautés à travers des associations, ou initiatives citoyennes. Mais pour que cette volonté se transforme en engagement durable, plusieurs conditions doivent être réunies. Les parcours de Nadia Vihoutou Kponadou et d’Ulrich Zinsou, tous militants montrent ce qui peut pousser les jeunes à s’investir dans en communauté mais aussi ce qui peut les freiner. Comment passer de la volonté à l’action ?

Pour Nadia Vihoutou Kponadou, communicante, sociolinguiste, militante pour la transmission des langues nationales et fondatrice du programme Wuntun ce – Mon identité, l’engagement est d’abord parti d’un constat. « Beaucoup de jeunes, moi y compris, grandissent sans avoir de repères solides sur leur identité et sans espace pour discuter des sujets de leur époque et partager leurs avis », explique-t-elle. Elle commence son parcours au sein d’une organisation de défense des droits des femmes, où elle développe des compétences en leadership, en travail d’équipe et en affirmation de soi.

Nadia Vihoutou Kponadou, communicante, sociolinguiste, militante
Nadia Vihoutou Kponadou, communicante, sociolinguiste, militante

Aujourd’hui, elle coordonne Wuntun ce – Mon identité, un programme consacré à l’alphabétisation des enfants et adolescents dans les langues nationales et à la transmission des valeurs citoyennes et patriotiques. À travers ce programme, elle travaille à rendre le savoir, les langues et notre l’identité béninoise plus accessibles.

Plusieurs facteurs poussent les jeunes à s’engager dans leur communauté. Pour Ulrich Zinsou, engagé dans les questions de participation de la jeunesse et membre de l’Association Maire des Jeunes du Bénin (AMJB) « l’Etat seul, ne peut pas tout faire ». Alors, il faut que « nous jeunes se mettent sur le terrain et s’intéressent aux causes pour influencer les décisions ou contribuer à la prise de bonnes décisions pour un changement » va-t-il avancé. Depuis ses premières expériences dans l’engagement communautaire, notamment avec U-Report de l’UNICEF, il s’est investi sur des questions liées à l’éducation, au changement climatique, à la participation civique ou encore aux violences basées sur le genre.

Ulrich Zinsou en Séance de travail avec le Ministre des Affaires étrangères et de la coopération à Bruxelles
Ulrich Zinsou en Séance de travail avec le Ministre des Affaires étrangères et de la coopération à Bruxelles

De l’autre côté, Nadia Vihoutou Kponadou estime que ses collègues militants veulent « répondre à un problème qui touche directement la jeunesse, appartenir à une communauté engagée ou encore développer ses compétences et son réseau ». A l’en croire, vouloir obtenir des attestations pour décrocher d’autres postes peut également être source de motivation chez certains. Toutefois « Ce qui permet à un engagement de durer, c’est surtout de voir concrètement l’impact de son action et de se sentir utile à sa communauté. » explique la coordonnatrice du programme Wuntun ce – Mon identité. Le sentiment d’utilité apparaît ainsi comme un élément central de la mobilisation des jeunes.

La mobilisation des jeunes sur des thématiques en communauté se heurte toutefois à des contraintes très concrètes. Nadia Vihoutou Kponadou cite notamment le manque de temps, l’insuffisance d’informations sur les opportunités d’engagement, les contraintes géographiques et les difficultés financières. Elle évoque également le découragement lorsque les résultats tardent à apparaître ou lorsque l’engagement n’est pas suffisamment valorisé Pour elle, il est important de créer des espaces dans lesquels les jeunes se sentent « valorisés, écoutés, accompagnés » et peuvent mesurer leur contribution. Un constat que partage Ulrich Zinsou. Selon lui, pour les jeunes confrontés au chômage ou à des revenus précaires, le temps consacré au bénévolat peut donc avoir un coût important. « Ils vont vous dire : moi, je ne peux pas laisser ce que je fais pour gagner un peu d’argent […] et venir faire deux jours d’activité de bénévolat sans rien gagner », explique-t-il.

Au-delà des contraintes matérielles, Ulrich identifie le manque d’éducation au service et au civisme. Il estime que l’apprentissage de la participation citoyenne devrait davantage préparer les jeunes à s’impliquer dans leur communauté. Le jeune leader évoque également les difficultés de gouvernance et de leadership que peuvent rencontrer certaines organisations. Des conflits internes ou des problèmes de gestion peuvent, selon lui, décourager certains jeunes de s’engager.

Nadia V. en séance de transmission des langues nationales /  Programme Wuntun ce – Mon identité
Nadia V. en séance de transmission des langues nationales / Programme Wuntun ce – Mon identité

Les deux témoignages font ressortir plusieurs conditions favorables à l’engagement. Les jeunes savent qu’il y a des problèmes auxquels répondre. Et surtout, veulent avoir la possibilité de mesurer les résultats de leurs actions. La motivation ne peut donc pas être réduite à une question de volonté individuelle. Le contexte dans lequel les jeunes sont appelés à s’engager compte aussi. Ils doivent pouvoir être écoutés, accompagnés et valorisés. Au fond, motiver les jeunes à devenir acteurs du changement revient moins à leur donner les moyens d’agir et de constater que leur action compte. Parce qu’un jeune qui voit l’utilité de son engagement a davantage de raisons de poursuivre son action au sein de sa communauté.

Par Médard Clobechi

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