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Engagement des jeunes et activisme responsable au Benin : l’urgence de la formation

Pourquoi former la jeunesse africaine à l’activisme numérique responsable ?

L’essor des réseaux sociaux a profondément transformé les modes d’engagement citoyen des jeunes en Afrique. Cette dynamique est porteuse d’innovation, mais elle expose également les espaces publics numériques à la désinformation, à la polarisation et à une perte de crédibilité des mouvements citoyens lorsque l’activisme n’est pas encadré. S’appuyant sur des données récentes et sur l’entretien de l’expert en gouvernance démocratique Gilles Badet, cet article touche du doigt les enjeux d’une formation structurée à l’activisme responsable, analyse les risques liés à un engagement non régulé et propose des pistes d’action pour les organisations de la société civile (OSC) afin de favoriser un activisme éthique, crédible et durable.

La jeunesse africaine, qui représente plus de 60 % de la population du continent, est aujourd’hui l’un des acteurs les plus influents des transformations sociopolitiques. Grâce au numérique, elle dispose d’une capacité de mobilisation et d’expression inédite. Et pourtant, cet espace d’opportunité est également celui où circulent massivement de fausses informations, des discours polarisants et des contenus illégaux ou violents. Comme le souligne Gilles Badet, « sur les plateformes, on retrouve les vérifiés, les non-vérifiés, les complotistes… un peu de tout », ce qui rend difficile la distinction entre information fiable et contenu toxique. L’activisme occupe alors une place ambivalente. Il est à la fois une force de transformation et un espace fragile, où la crédibilité peut être compromise si les jeunes militants ne sont pas formés aux fondamentaux de l’éthique, de la responsabilité et de la vérification de l’information.

Dans ce contexte, les OSC jouent un rôle stratégique. Elles sont au cœur de la transmission des bonnes pratiques citoyennes, de l’encadrement des initiatives engagées et de la consolidation de l’intérêt général. Cet article analyse, dans une approche scientifique, pourquoi il devient indispensable de former la jeunesse africaine à l’activisme responsable et comment cet effort peut contribuer à renforcer la qualité de la participation citoyenne et la crédibilité des mouvements sociaux sur le continent.

  1. L’activisme numérique africain face au défi de la crédibilité

L’utilisation d’internet en Afrique regorge des millions d’utilisateurs, un terrain fertile pour plus d’un de faire du militantisme, c’est la tendance. Beaucoup de jeunes s’engagent désormais à travers des actions numériques, souvent spontanées, parfois impulsives, et dans des environnements où les informations circulent plus vite qu’elles ne peuvent être vérifiées. L’expert Gilles Badet rappelle que cette dynamique expose les jeunes à un risque non négligeable : perdre la confiance du public lorsqu’ils s’appuient sur des données non fondées ou défendent des causes peu pertinentes. Selon lui, « une fois, c’est bon, mais deux ou trois fois, ce n’est pas sûr que les gens vont continuer à vous croire ». Le capital de crédibilité devient ainsi un élément essentiel, sans lequel l’activisme perd son impact politique. Les études sur la désinformation en Afrique montrent également que les jeunes sont des cibles privilégiées de la manipulation. Sans formation, ils peuvent contribuer involontairement à amplifier de fausses nouvelles, nourrir des controverses inutiles ou renforcer des tensions communautaires. La circulation non régulée de ces contenus compromet alors la légitimité des causes citoyennes et fragilise l’espace public. Former les jeunes permet de réduire ces dérives, mais surtout de transformer l’activisme en un outil d’influence positive fondé sur la rigueur, la compétence et l’éthique.

  1. Les risques d’un activisme non encadré : tensions démocratiques, violences numériques et fragilité institutionnelle

Un activisme non formé génère des risques multiples. Le premier est la perte durable de confiance. Dans un environnement où les institutions publiques sont souvent perçues comme peu transparentes, la société civile se présente comme une alternative crédible. Cependant, lorsque les jeunes militants qui la composent ne maîtrisent ni les cadres juridiques, ni les règles de communication responsable, ni la vérification des sources, la confiance du public vacille. Badet insiste sur la nécessité de maîtriser « les lois qui protègent les défenseurs des droits de l’homme, la vie privée ou encore les lois qui encadrent la communication », pour éviter les dérives et garantir une action citoyenne sécurisée. L’absence de formation peut exposer les jeunes à des sanctions judiciaires, à la stigmatisation, mais aussi à des formes de violence en ligne qui s’intensifient sur le continent.

L’activisme non encadré accroît également la polarisation. L’usage impulsif des réseaux sociaux, la recherche de viralité et la tendance à s’exprimer sous le coup de l’émotion favorisent les conflits numériques. À long terme, cela contribue à fragiliser les initiatives citoyennes sérieuses et à brouiller les frontières entre engagement social, militantisme éclairé et agitation en ligne. Les OSC, confrontées à ces dérives, voient leur mission compliquée, car elles doivent constamment reconstruire la confiance, structurer le débat public et corriger les excès des jeunes militants.

  1. Le rôle stratégique des OSC dans la construction d’un activisme responsable

Les propos de Gilles Badet montrent que les OSC ne peuvent plus se contenter d’impliquer les jeunes , elles doivent désormais structurer leur engagement. Cela implique de « prendre au sérieux l’activisme des jeunes », d’intégrer leurs spécificités dans les programmes de formation et de mettre en place des mécanismes de mentorat. En Afrique, plusieurs initiatives montrent déjà l’importance de l’accompagnement intergénérationnel, où les jeunes apprennent des anciens militants la discipline, la rigueur et la cohérence qui permettent à un mouvement de durer.

L’approche la plus pertinente repose sur une transmission équilibrée entre savoirs théoriques (cadres juridiques, éthique, communication) et savoirs pratiques (expériences, études de cas, immersion dans des réseaux citoyens). Pour Badet, il est essentiel de « mettre les jeunes dans les réseaux » afin qu’ils échangent avec d’autres organisations ayant une expérience avérée des luttes citoyennes. Cette confrontation aux meilleures pratiques leur permet de comprendre que l’activisme n’est pas un espace de concurrence, mais un champ de coopération orienté vers l’intérêt général. L’objectif est donc d’instaurer un environnement d’apprentissage continu, où la compétence, l’impartialité et la responsabilité deviennent les repères fondamentaux de l’engagement citoyen. Ainsi, loin de brider la créativité des jeunes, cette formation renforce leur capacité d’innovation tout en assurant la durabilité et la crédibilité de leurs actions.

Former la jeunesse africaine à l’activisme responsable est un enjeu majeur pour la consolidation démocratique du continent. Dans un espace public marqué par la désinformation, l’instabilité et la défiance, la qualité de l’engagement citoyen conditionne la capacité des jeunes à influencer durablement les politiques publiques et à défendre efficacement l’intérêt général. L’entretien avec Gilles Badet montre que la crédibilité, l’impartialité et la compétence sont les piliers indispensables d’un activisme efficace. Le rôle des OSC apparaît central : elles doivent accompagner, structurer et professionnaliser l’engagement des jeunes pour en faire une force transformatrice. Un activisme responsable ne limite pas la liberté d’expression ; il l’amplifie en lui donnant du sens, de la légitimité et un impact mesurable. La jeunesse africaine, bien formée, peut ainsi devenir le moteur d’une société civile plus forte, plus éthique et plus influente.

Par Kevin da SILVA

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