· Blog
Démocratie locale inclusive : mieux comprendre les besoins numériques des jeunes en milieu rural au Bénin

Dans plusieurs communes rurales du Bénin, la démocratie participative peine encore à intégrer toutes les couches de la population. Pourtant, les cadres de concertation existent : réunions de village, séances communales, les rééditions de compte, consultations citoyennes etc. Mais dans les faits, les jeunes, surtout ceux vivant loin des centres urbains, restent souvent en marge des prises de décision.
Aujourd’hui, avec l’évolution du numérique, une nouvelle réalité s’impose. Les attentes des jeunes ne se limitent plus seulement à l’emploi ou à la formation. Elles touchent aussi l’accès à Internet, aux outils digitaux et aux espaces d’expression en ligne. Ces besoins deviennent désormais des enjeux importants de participation citoyenne et d’inclusion sociale.
Les jeunes représentent une grande partie de la population dans les zones rurales. Malgré cela, leur voix compte encore très peu dans les décisions locales. Plusieurs raisons expliquent cette situation : le manque d’éducation civique, leur faible présence dans les instances locales ou encore l’absence de moyens adaptés pour leur permettre de s’exprimer.
Contrairement aux jeunes vivant dans les grandes villes, ceux des campagnes disposent de peu d’espaces pour faire entendre leurs préoccupations. Souvent, les discussions communautaires sont dominées par les personnes plus âgées, laissant peu de place aux idées et aspirations des jeunes. Résultat : des sujets essentiels comme l’emploi, la formation professionnelle ou encore l’accès aux services de base passent parfois au second plan dans les politiques locales.
Le digital pourrait pourtant changer beaucoup de choses. À travers les réseaux sociaux, les plateformes communautaires ou les outils de communication en ligne, les jeunes pourraient participer davantage à la vie publique et échanger plus facilement avec les autorités locales.
Mais sur le terrain, plusieurs difficultés freinent cette dynamique. Dans de nombreuses localités rurales, l’accès à Internet reste compliqué. Les connexions sont souvent instables et les coûts demeurent élevés pour de nombreux jeunes. À cela s’ajoute le manque d’équipements adaptés. Beaucoup ne possèdent ni smartphone performant ni ordinateur. Autre défi important : la maîtrise des outils numériques. Plusieurs jeunes utilisent Internet principalement pour le divertissement, sans véritable plaisir connaissance des usages citoyens du digital comme la veille citoyenne, les débats publics ou la participation communautaire.
Pour construire une démocratie locale plus inclusive, il devient essentiel de mieux prendre en compte les réalités des jeunes ruraux. Cela passe notamment par :un meilleur accès à Internet et à l’électricité, des équipements numériques plus accessibles, des formations aux compétences digitales et à la citoyenneté numérique, la création d’espaces d’échanges mêlant outils traditionnels et plateformes digitales, et une implication plus active des jeunes dans les décisions locales et les projets de développement.
Quelques initiatives existent déjà grâce à l’engagement d’ONG et de partenaires techniques qui accompagnent les jeunes dans l’apprentissage du numérique et la participation citoyenne. Africtiviste Citizen Lab Bénin avec l’appui de la Youth Democracy Cohort a organisé, par exemple une formation du 12 au 20 février 2026 à Bohicon sur l’engagement numérique responsable. D’autres organisations comme, le Gouvernement des jeunes du Bénin dirigé par Bénilde Akambi, forme les jeunes de tous les communes du Bénin à travailler aux côtés des autorités communales. Mais ces efforts devront être renforcés. Les autorités locales gagneraient à considérer les jeunes comme de véritables acteurs du développement local. Car écouter les jeunes ruraux, c’est aussi préparer l’avenir des communautés.
À l’ère du numérique, construire une démocratie plus inclusive ne consiste pas seulement à donner la parole aux citoyens. Il faut aussi créer les conditions qui permettent réellement à chacun, surtout aux jeunes, de participer et d’être entendu. Une démocratie qui laisse sa jeunesse de côté ne peut être pleinement représentative.
Par Médard Clobechi
