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De la connaissance à l’action : Pourquoi les formations transforme les mentalités des jeunes ?

On peut savoir beaucoup de choses sans jamais changer de regard. Entre une information reçue et une conviction qui évolue, il y a le temps du doute, la rencontre avec le réel et la capacité à penser par soi-même. Dans cet entretien, Limam Boussif Président de Youth Pioneer Organization et docteur en sciences de gestion, montre comment la formation peut aider les jeunes à dépasser les préjugés, à comprendre leur environnement et à transformer leurs connaissances en engagement citoyen.

Pour Limam Boussif, la formation ne consiste pas seulement à transmettre des connaissances. Elle doit aider les jeunes à regarder leur environnement avec plus de recul, à confronter leurs idées aux réalités et à trouver les moyens d’agir. Pour lui, l’acquisition de nouvelles connaissances permet d’abord de dépasser les perceptions limitées et les idées reçues. Mais la connaissance ne produit un changement durable que lorsqu’elle s’accompagne de réflexion, de dialogue et d’une confrontation avec la réalité.

La connaissance permet de mieux comprendre son environnement, les autres et les réalités sociales qui composent une société. En découvrant l’histoire, la culture et les dimensions économiques et sociales d’un territoire, chacun peut dépasser les représentations simplistes et développer une vision plus nuancée du monde. Cette idée s’appuie notamment sur l’expérience personnelle de Limam Boussif au Maroc. Son parcours et ses recherches sur l’entrepreneuriat et le développement régional dans les trois régions du Sud du Maroc l’ont conduit à s’intéresser aux transformations d’un territoire, à son identité et au rôle de sa jeunesse. Il souligne que, pour les jeunes, connaître leur territoire et son évolution permet de passer du statut de simples observateurs à celui d’acteurs capables de contribuer à son développement. Cette réflexion dépasse le seul contexte marocain : elle rappelle que l’engagement citoyen commence souvent par une meilleure compréhension de son environnement. Une personne peut connaître une réalité sans modifier pour autant ses comportements ou sa manière de penser. La connaissance est donc une condition nécessaire du changement, mais elle n’est pas suffisante. Pour qu’elle devienne un véritable moteur d’action, elle doit être associée à la réflexion, au dialogue et à l’expérience. La confrontation avec le terrain permet de vérifier ce que l’on croit savoir, d’écouter les personnes concernées et de mettre les représentations à l’épreuve des faits.

Dans son expérience, Limam Boussif insiste sur l’importance des rencontres, de l’observation des projets et des échanges avec les jeunes et les acteurs locaux. Cette approche transforme une information générale en compréhension concrète. Elle peut ainsi faire évoluer les perceptions et encourager un engagement positif.
« La connaissance devient alors une expérience qui peut transformer la perception et favoriser un engagement positif. » Limam Boussif

La formation va plus loin que la transmission d’informations. Elle apprend à analyser, à questionner, à argumenter et à construire sa propre réflexion. Une formation de qualité ne dit pas simplement à un jeune ce qu’il doit penser. Elle lui donne les outils pour comprendre pourquoi il pense d’une certaine manière, confronter ses idées aux faits et prendre en compte des points de vue différents. Cette capacité de réflexion autonome est essentielle pour faire face aux défis citoyens actuels. Les jeunes sont exposés à une quantité importante de contenus, mais l’accès à l’information ne garantit pas la capacité à la comprendre ou à en évaluer la fiabilité. La formation doit donc aider à distinguer les faits des opinions, à reconnaître les manipulations et à dialoguer avec des personnes qui ne partagent pas nécessairement les mêmes convictions.

Les préjugés naissent souvent de la méconnaissance ou d’une information incomplète. Pour les remettre en question, la formation doit créer un espace où chacun peut poser des questions sans être jugé, écouter des expériences différentes et confronter ses perceptions aux faits. Le dialogue direct joue un rôle important dans ce processus. Dans le cadre de l’expérience marocaine évoquée par Limam Boussif, il s’agit notamment de mieux connaître la réalité quotidienne des jeunes des provinces du Sud, leurs aspirations et leur contribution au développement régional. Cet exemple illustre une démarche plus générale : les représentations construites à distance peuvent être réévaluées lorsque les personnes ont la possibilité de rencontrer les populations concernées, d’écouter leurs récits et de comprendre leur quotidien.

La formation devient ainsi un outil d’ouverture. Elle permet de remplacer les affirmations simplistes par une compréhension plus nuancée et de transformer la diversité des expériences en occasion d’apprentissage. Le parcours universitaire et professionnel de Limam Boussif l’a également conduit à repenser la notion de développement. Celui-ci ne se résume pas aux infrastructures ou aux indicateurs économiques. Il dépend aussi du capital humain, de la confiance, de l’éducation, de l’entrepreneuriat et de la capacité des jeunes à prendre part à leur propre avenir. Cette vision met la formation au cœur du développement. Former les jeunes, c’est renforcer leurs compétences, leur autonomie et leur capacité à participer aux projets qui concernent leur territoire. L’entrepreneuriat, l’innovation, le leadership, le développement durable et la participation à la vie publique sont autant de domaines dans lesquels la formation peut contribuer à transformer les jeunes en acteurs du changement.

Pour Limam Boussif, il est important de continuer à créer des espaces d’apprentissage et de formation pour les jeunes. Ces espaces permettent de développer l’esprit critique, la capacité de dialogue et le sens des responsabilités. Ils sont particulièrement utiles face à la désinformation, aux discours de haine, aux préjugés et aux divisions. Un jeune formé doit pouvoir vérifier une information, distinguer les faits des opinions et échanger de manière constructive avec des personnes qui ne partagent pas son point de vue. Ces espaces peuvent également favoriser la connaissance de soi, la valorisation de l’identité et de la culture, le développement des compétences et la participation active aux initiatives de développement. Ils contribuent ainsi à rapprocher l’apprentissage des réalités vécues par les jeunes.

La formation ne devrait pas seulement produire des personnes qui savent davantage. Elle doit aussi permettre aux citoyens de faire davantage : participer, proposer, entreprendre, dialoguer et contribuer à la transformation de leur société. La connaissance élargit les perspectives. La formation structure la réflexion. Le dialogue et l’expérience rendent l’engagement possible. C’est la combinaison de ces éléments qui permet de passer de la compréhension à l’action.
« La formation ne doit pas seulement produire des personnes qui savent davantage ; elle doit produire des citoyens capables de faire davantage. » — Limam Boussif

L’entretien avec Limam Boussif montre que la formation et la transformation des mentalités sont étroitement liées. La connaissance permet de dépasser les idées reçues, mais elle doit s’accompagner d’un apprentissage critique, d’un dialogue ouvert et d’expériences concrètes pour produire un changement durable.

Dans le contexte des jeunes et des enjeux citoyens, former signifie donner les moyens de comprendre son environnement, de déconstruire les préjugés, de développer ses compétences et de participer activement à la vie collective. L’expérience de Limam Boussif au Maroc nourrit cette réflexion, sans en constituer le sujet principal. Elle illustre une idée applicable à de nombreux contextes : lorsqu’une jeunesse est formée, consciente de son histoire, ouverte sur le monde et engagée dans le développement de son territoire, la connaissance devient véritablement un moteur de changement.

Par Eugène DEGUENON

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