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Prendre la parole mais à quel prix ? Pourquoi les jeunes femmes hésitent-elles encore à s’exprimer ?

• Publié le 27 août 2026

Prendre la parole en public ne consiste pas seulement à avoir quelque chose à dire. Il faut aussi se sentir légitime, accepter le risque d’être contredit et parfois apprendre à résister aux regards, aux jugements et aux pressions. Pour de nombreuses jeunes femmes, le débat public reste un espace où leur parole est encore questionnée avant même que leurs idées ne le soient.

À travers son expérience dans les espaces de participation citoyenne, Christelle MEDAHO, revient sur ce qui encourage ou freine l’engagement des jeunes femmes. Elle évoque le poids de l’éducation, les normes sociales, les responsabilités familiales, les attaques sur les réseaux sociaux, mais aussi la force des modèles, des réseaux de soutien et des espaces où chacune peut apprendre à prendre sa place.

Une parole qui se construit dès l’enfance

Pour Christelle, le débat public n’a pas été un territoire inconnu. Elle l’a découvert très tôt dans sa famille, à travers les échanges de son père, acteur politique local, sur les problèmes de la communauté et les réponses que les responsables publics pouvaient y apporter. À la maison, elle était libre d’écouter, de poser des questions et de participer aux discussions. Peu à peu, elle a compris que les affaires publiques pouvaient aussi la concerner et que sa voix pouvait y trouver sa place.

Cette familiarité avec le débat citoyen a joué un rôle important dans son engagement. Elle lui a permis de considérer la prise de parole comme une possibilité, plutôt que comme une transgression. Mais cette confiance ne se construit pas de la même manière pour toutes les jeunes femmes. Certaines grandissent dans des environnements où leurs idées sont peu écoutées, où leurs décisions sont constamment surveillées ou où l’expression d’une opinion est perçue comme un écart par rapport au rôle qui leur est assigné.

C’est souvent là que se creuse la différence : avant même d’entrer dans un débat, certaines femmes doivent d’abord vaincre le doute sur leur propre légitimité.

Quand le désaccord devient une remise en cause personnelle

Selon Christelle, les femmes ne sont pas toujours jugées sur le contenu de leurs idées. Lorsqu’elles prennent position, les critiques peuvent viser leur éducation, leur famille ou leur vie privée plutôt que le fond de leur intervention. Sur les réseaux sociaux, ces attaques s’accompagnent parfois de pressions exercées sur leurs proches.

L’âge et le statut d’experte peuvent également peser sur la manière dont leur parole est reçue. Pourtant, l’expérience vécue constitue une forme de légitimité. Ne pas être spécialiste d’une question ne signifie pas ne rien avoir à apporter au débat.

La prise de parole est aussi rendue plus difficile par le poids des responsabilités familiales et domestiques. Lorsque les femmes consacrent une grande partie de leur temps aux tâches de soin, elles disposent de moins d’occasions pour se former, réfléchir aux politiques publiques ou participer à la vie citoyenne.

Créer les conditions de l’engagement

Pour franchir le pas, les jeunes femmes ont besoin d’espaces où elles peuvent apprendre, expérimenter et rencontrer d’autres femmes. Les formations, les programmes de leadership féminin et les réseaux de soutien jouent un rôle important. Les échanges intergénérationnels sont également précieux : les femmes qui ont déjà ouvert la voie peuvent transmettre leurs expériences, leurs conseils et leurs stratégies.

Christelle appelle aussi à développer des espaces plus informels, où certaines questions sensibles peuvent être abordées avec davantage de confiance. Elle plaide enfin pour des mises en situation plus réalistes, afin que les jeunes femmes ne se contentent pas de connaître le fonctionnement des institutions, mais puissent réellement s’exercer à argumenter, décider et prendre des responsabilités.

Les figures qui osent agir ont, elles aussi, un effet d’entraînement. En évoquant la candidature de Marie-Élise GBEDO à l’élection présidentielle, Christelle rappelle qu’un geste individuel peut élargir l’horizon de nombreuses jeunes filles. Le premier pas d’une femme peut devenir la permission d’agir pour d’autres.

Parler, mais sans s’épuiser

L’engagement ne doit toutefois pas conduire à l’épuisement. Christelle insiste sur l’importance de prendre des pauses, de quitter temporairement les réseaux sociaux lorsque la pression devient trop forte et de consulter un psychologue si nécessaire. Se retirer un moment n’est pas renoncer : c’est parfois se donner les moyens de revenir.

Son message est à la fois une invitation à l’audace et un rappel de prudence : croire en sa capacité à contribuer, s’entourer de plusieurs personnes-ressources et rester attentive à sa santé mentale.

« Prenez des pauses si vous en avez besoin, mais restez solidaires de vous-même et de toutes les femmes qui se battent au quotidien pour l’avancée de nos droits et notre existence dans tous les espaces que nous souhaitons. » Christelle MEDAHO

La question n’est donc pas seulement de savoir pourquoi les jeunes femmes hésitent encore à prendre la parole. Il faut aussi se demander ce que les espaces publics peuvent faire pour que cette parole soit entendue, protégée et prise au sérieux.

Par Eugène DEGUENON