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AfricTivistes CitizenLabs : quelles leçons pour les démocraties africaines ?

Nés d’une initiative portée par AfricTivistes, les CitizenLabs constituent aujourd’hui un réseau panafricain de laboratoires d’innovation citoyenne implantés dans plusieurs pays. Leur expérience montre comment la formation, le numérique, la production de contenus et la co-création peuvent contribuer à renouveler les formes de participation citoyenne et à rapprocher les citoyens des processus de gouvernance.
La participation citoyenne évolue avec les transformations du numérique. Face aux défis liés à l’accès à l’information, à la désinformation, à l’engagement des jeunes et au dialogue avec les institutions, de nouveaux espaces cherchent à renforcer la capacité des citoyens à comprendre leur environnement et à agir sur les enjeux qui les concernent. C’est dans cette dynamique qu’AfricTivistes a développé le programme AfricTivistes CitizenLab. Lancé en 2022, le programme s’est progressivement étendu à plusieurs pays africains avec la mise en place de Labs nationaux interconnectés autour d’une même ambition : renforcer la participation citoyenne et l’innovation démocratique par les outils numériques, la formation et la co-création. L’expérience de ce réseau permet de dégager plusieurs enseignements sur les conditions nécessaires à une participation citoyenne plus active et plus durable.
Un réseau panafricain, des réalités nationales
L’une des particularités du modèle CitizenLab est de combiner une vision panafricaine avec un ancrage national. Les différents Labs sont issus de l’initiative d’AfricTivistes, mais leur action s’inscrit dans les réalités propres aux pays où ils sont implantés. Le réseau comprend notamment les CitizenLabs du Bénin, du Cameroun, de la Guinée, du Sénégal, du Tchad, de la Mauritanie et de Madagascar. Cette organisation permet de partager une même ambition tout en laissant aux acteurs nationaux la possibilité de travailler sur les enjeux qui correspondent à leur environnement. La complémentarité des missions illustre cette logique. Les CitizenLabs de Guinée et du Sénégal jouent un rôle technologique, notamment dans le développement de solutions numériques destinées au réseau. Les Labs du Bénin, du Cameroun, du Tchad, de la Mauritanie et de Madagascar mettent davantage l’accent sur la production de contenus, le renforcement des capacités et le plaidoyer numérique. L’enjeu n’est donc pas de reproduire une même initiative dans plusieurs pays, mais de construire un réseau dans lequel les compétences et les expériences peuvent circuler.
Première leçon : la participation se construit par les compétences
L’expérience des CitizenLabs rappelle une réalité essentielle : la technologie seule ne suffit pas à renforcer la démocratie. Le programme accorde une place importante au renforcement des capacités à travers des formations théoriques et pratiques. L’objectif est notamment de permettre aux acteurs citoyens de mieux maîtriser les outils numériques, de développer leurs propres initiatives et de participer plus efficacement aux débats publics. Cette approche est importante parce qu’un citoyen mieux informé et mieux outillé dispose davantage de moyens pour comprendre les enjeux, vérifier une information, construire une argumentation et prendre part à une action collective. La formation devient ainsi une véritable infrastructure de la participation citoyenne.
Deuxième leçon : partir des besoins plutôt que de la technologie
Les CitizenLabs développent également une approche fondée sur la civic tech et la co-création. Il ne s’agit pas uniquement de mettre une technologie à disposition des citoyens, mais de réfléchir à la manière dont celle-ci peut répondre à un problème concret. Cette distinction est essentielle. Une plateforme, une application ou un outil numérique n’a d’intérêt que s’il répond à un besoin réel et reste accessible à ceux auxquels il est destiné. La co-création permet justement d’associer les utilisateurs à la réflexion et à la conception des solutions. Pour les démocraties africaines, cette approche offre un enseignement important, l’innovation démocratique doit partir des réalités citoyennes et non de la technologie pour elle-même.
Troisième leçon : faire du numérique un espace d’engagement responsable
Le numérique a profondément transformé les manières de s’informer, de s’exprimer et de se mobiliser. Mais il crée également de nouveaux risques, notamment avec la désinformation et la manipulation de l’information. Les CitizenLabs interviennent donc dans un environnement où renforcer les capacités numériques signifie aussi développer l’esprit critique et les pratiques responsables. Le programme Digitalise Youth, inscrit dans la dynamique CitizenLab, vise notamment à renforcer les compétences numériques des jeunes militants et des organisations de la société civile et à contribuer à la lutte contre la désinformation. Cette dimension est déterminante. Une démocratie numérique ne peut reposer uniquement sur la possibilité de prendre la parole. Elle nécessite également des citoyens capables d’évaluer l’information qu’ils reçoivent et qu’ils diffusent.
Quatrième leçon : créer des passerelles entre citoyens et institutions
L’innovation citoyenne prend tout son sens lorsqu’elle permet de réduire la distance entre les citoyens et les espaces de décision. Les CitizenLabs cherchent, à travers leurs activités de formation, de production de contenus, de plaidoyer et de développement d’outils numériques, à renforcer la capacité des citoyens et des organisations de la société civile à participer aux débats publics. Mais l’enjeu ne consiste pas seulement à donner davantage de visibilité aux revendications citoyennes. Il est également de créer les conditions permettant à cette participation de rencontrer les institutions et les décideurs. C’est là que se mesure une partie importante de l’impact démocratique des civic tech ; la capacité à transformer l’expression citoyenne en participation, puis la participation en influence sur les enjeux publics.
Cinquième leçon : penser la démocratie à l’échelle du réseau
L’existence de plusieurs Labs au sein d’un même réseau crée enfin une possibilité importante ; celle de faire circuler les expériences africaines. Une innovation développée dans un pays peut nourrir une réflexion dans un autre. Une méthode de formation peut être adaptée à un nouveau contexte. Une difficulté rencontrée par un Lab peut devenir une source d’apprentissage pour les autres. Cette circulation des savoirs constitue l’un des intérêts du modèle AfricTivistes CitizenLab. Elle permet de dépasser une approche où chaque initiative fonctionne isolément et favorise une dynamique d’apprentissage collectif.
Les AfricTivistes CitizenLabs ne constituent pas une réponse unique aux défis démocratiques du continent. Leur expérience montre plutôt plusieurs conditions susceptibles de renforcer la participation citoyenne : l’ancrage local, le développement des compétences, l’innovation adaptée aux besoins, la responsabilité numérique et la coopération entre acteurs de différents pays.
Pour les démocraties africaines, l’enjeu est désormais de faire en sorte que ces espaces d’innovation ne restent pas uniquement des lieux de formation ou de mobilisation, mais qu’ils contribuent durablement à renforcer la capacité des citoyens à participer aux décisions qui concernent leurs communautés. Les différents CitizenLabs offrent ainsi une expérience collective dont l’un des principaux enseignements est clair : renforcer les démocraties africaines passe aussi par la capacité des citoyens à comprendre, co-créer, participer et agir.
Par Kevin da SILVA
